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What Would a Lemur Say ?

Comme vous le savez probablement, CBS a dans ses fourneaux Elementary, un remake moderne de Sherlock Holmes, avec Jonny Lee Miller dans le rôle de Sherlock Holmes.

Oui, ça rappelle quelque chose.

On en parle beaucoup dans ma TL et sur FB, et j’avais envie de m’exprimer plus longuement que dans un tweet. Je dois préciser que je n’ai pas encore lu plus d’une nouvelle et ça fait un moment (#PALproblems).

Quand j’ai appris l’existence du projet d’Elementary, j’ai trouvé ça gonflé de faire ça alors que le remake moderne de la BBC cartonne et se trouve être d’une qualité remarquable. Quand Filipa m’a rappelé que Jonny Lee Miller avait joué au théâtre avec Benedict Cumberbatch, j’ai trouvé ça ironique et encore plus gonflé.
Quand je vois des articles/tweets pour cracher sur le projet et parler de plagiat, là j’ai envie de dire :

Je ne cherche pas spécialement à défendre cette série, mais qu’est-ce que c’est cette vilénie qui se répand ?

Parlez-moi de plagiat, je vous demanderai d’abord WTF ? C’est pas avec ce qu’on a qu’on peut décemment parler de plagiat. Si le concept d’adaptation dans le monde moderne vous suffit pour dire ça, désolée mais réfléchissez-y à deux fois. S’ils payent ce qu’il faut à qui de droit pour adapter du Sherlock Holmes, que demander de plus ? Le concept de modernisation n’appartient pas à Dieu-Moffat, mes chatons.

Je lis aussi que vu le « créateur » de la série, ça n’arrivera pas à la cheville de Sherlock.
Heureusement que les artistes ne se disent pas ça, hein ! Plus de séries avec des vampires parce que ça n’arrivera jamais à la hauteur de Buffy. Plus de séries sur une bande de potes, ça n’arrivera jamais à la hauteur de Friends. Plus de films sur la mafia, ce ne sera jamais aussi bien que Le Parrain. Plus de musique, ce ne sera jamais aussi bien que Prokofiev.
Je m’en tape carrément de si ça peut arriver à la cheville de la version BBC ! Si la série est si mauvaise, elle ne fera pas long feu. Et avec tout ce « buzz », nul doute qu’elle sera guettée, et analysée à la loupe. Je trouve dément d’émettre un jugement aussi subjectif avant même d’avoir la moindre photo ou le moindre bout de script. Se contenter du producteur et de la chaîne de diffusion pour dire d’emblée que ce sera nul, ou sans intérêt, je trouve ça mesquin.

Si vous avez plus d’arguments sur le contenu susceptible d’être copié ou d’être une hérésie sherlockienne, faites m’en part, parce qu’à part le fait que ça se passe à New York, je n’ai pas plus d’infos que ça, c’est-à-dire quasi rien.

Ensuite, l’argument selon lequel Sherlock est anglais, qu’on le laisse aux britanniques, ne le prenez pas mal, mais je trouve ça très con même si je le comprends. Vous savez quoi ? Moi j’aimerais voir une adaptation colombienne de Sherlock Holmes. Evidemment que l’adaptation britannique a plus de chances d’être fidèle à l’esprit british, mais la transposition à New York, dans un environnement a priori étranger à Holmes, dans une culture a priori étrangère à Holmes, ça peut être très intéressant aussi.
Sherlock Holmes est anglais, certes, mais il est devenu un de ses personnages qui s’adaptent à l’infini, dans notre culture. C’est une figure incontournable. Pas besoin d’avoir lu les nouvelles et romans, même pas besoin d’être un féru de lecture pour le connaître.
Dans ces conditions et après les films plutôt réussis (américanisés, d’accord, mais plutôt réussis), ça ne me choque pas du tout qu’ils aient voulu en faire une série.

Parlons du titre, Elementary, qui vient de l’expression « Elementary, my dear Watson », absente des écrits de Sir Arthur Conan Doyle.
De mon point de vue, les américains ont une culture basée sur l’image, plus que sur les lettres. Et c’est fou fou fou, mais cette phrase sort du premier film Sherlock, quand même. Alors est-ce que c’est manquer de culture que d’utiliser ça pour intituler sa série autrement que Sherlock Holmes, Holmes, ou Baker Street (ou encore No shit Sherlock ?, oui je crois que je tiens une idée, là) ? Je ne trouve pas.
Et pour les téléspectateurs, c’est un repère, quoi qu’il en soit, comme un panneau indiquant le chemin vers la série.
De plus, que lis-je sur l’encyclopédie du Kiwi ? Le mot « elementary » est tout de même souvent utilisé par Sherlock pour qualifier ses raisonnements et conclusions. Notons avec emphase que le titre de la série n’utilise pas le reste de la célèbre phrase. Your argument is therefore invalid.

Les remakes américains officiels sont apparemment de qualité variée (mes expériences dans le domaine sont limitées, mais il me semble que Skins et Shameless n’ont rien à voir entre elles de ce côté). Cette série n’est pas un remake officiel, mais le bon côté, c’est qu’ils vont devoir faire très attention à ne pas être trop similaires à la série de la BBC, c’est les pousser soit vers la créativité, soit vers la merde insipide. Comme je le disais, la merde insipide ne fera pas long feu, alors pourquoi crier si fort au scandale quand ceux qui sont concernés ne commentent pas l’affaire jusqu’à présent ? S’il faut sévir, aucun doute qu’ils le feront, mais on n’en est pas là.

Alors voilà, oui je suis sceptique à propos de cette série à venir, oui je vais guetter les moindres ressemblances, mais je suis très curieuse de voir ce que ça va donner, parce que tout Sherlock est bon à tester, voire à prendre.

Séries télé : quand les personnages s’ancrent dans la réalité

Depuis quelques années, les séries aiment jouer avec la barrière entre réalité et fiction, passer les frontières de la télé pour nous atteindre grâce à d’autres médias par l’intermédiaire de leurs personnages : comptes Twitter officiels, sites, blogs, livres,… Les personnages, qui n’existent pourtant d’ordinaire que dans leurs fictions, sortent de l’écran et s’amusent sur le net. Certaines séries ne sont plus seulement des séries télévisées mais deviennent dans une certaine mesure des « séries multimédias » en allant plus loin que les produits dérivés habituels. Et ça m’éclate !

Avec l’avènement des réseaux sociaux, et notamment de Twitter qui augmente le nombre de ses utilisateurs de jour en jour et atteint maintenant des chiffres impressionnants, tous les membres d’une équipe de tournage – des techniciens aux acteurs en passant par les scénaristes – peuvent partager leur travail et leur passion comme monsieur et madame tout le monde. Mais leur travail à eux se trouve, dans le cas qui nous intéresse, dans l’envers du décor d’une série. Ils partagent souvent des photos des sets, des anecdotes de tournage,… Désormais, tout le monde peut voir et savoir comment une série est faite, et peut le savoir immédiatement et d’un point de vue interne. Là où il y avait un monde un peu fermé autour de la réalisation et de la production d’une série quand seuls les professionnels (et les journalistes dans une moindre mesure) y avaient accès, il y a maintenant des moyens, à travers les réseaux sociaux, de savoir comment ça se passe.

Pourquoi ne pas alors en profiter et faire de ces réseaux sociaux un moyen pour les personnages de communiquer « directement » avec les spectateurs et d’être en contact quasi permanent avec eux. Les exemples qui me sont venus à l’esprit et que je vais citer ci-dessous sont des séries qui inscrivent ce phénomène dans une logique et qui maîtrisent leurs personnages jusqu’au bout. Et pourquoi pas aller plus loin que les réseaux sociaux et explorer un plus large éventail du web avec les sites et les blogs.

  • Richard Castle, écrivain presque réel

Castle est l’exemple le plus complet que je puisse citer à mon avis. Le personnage principal, l’écrivain Richard Castle, a un compte Twitter et une page Facebook, met à jour son site internet et écrit des romans qui sortent dans de vraies librairies. Ces objets dont on entend parler dans la série et qu’on voit même à l’écran (on nous a montré le site internet et je ne compte plus le nombre de fois où l’on a vu un des romans) sont autant de pas du personnage hors de l’écran, dans la réalité. On peut tweeter Richard Castle, on peut consulter son site web et on peut acheter et lire ses romans. C’est drôle, ça relève de la mise en abîme en ce qui concerne les livres et c’est une autre manière de permettre l’identification au personnage. Mais j’y vois aussi une volonté de coller à la personnalité de l’écrivain jusqu’au bout. C’est une tribune pour lui, un moyen comme un autre de pouvoir parler à ses lecteurs et à ses fans, comme les auteurs de la réalité le font.

Kevin Ryan s’y est mis aussi puisqu’il a créé un site internet pour nous raconter son mariage, comme tout le monde pourrait le faire. On a tous des amis qui ont ouvert un blog ou un site pour nous parler d’un évènement : un voyage, un nouveau travail, un mariage,… Ce site est un moyen de rendre les personnages plus réels en utilisant des photos du vrai couple que forment Seamus Deaver (qui interprète Kevin Ryan) et Juliana Dever (qui joue Jenny Duffy O’Malley). Mais aussi en ajoutant des éléments au background des personnages en racontant comment ils se sont rencontrer, comment ils sont tombés amoureux, et comment s’est passé la demande en mariage qu’on a pu voir à l’écran dans l’épisode 3×11 : Nikki Heat de Castle. Les fans ont même la possibilité de laisser un message dans le livre d’or.

  • Sherlock Holmes et John Watson, rois du net

Du côté des séries britanniques, Sherlock est aussi une pro. Sherlock Holmes a un site internet, John Watson a un blog. Il y a une volonté d’aller jusqu’au bout de la démarche qui consiste à utiliser les nouvelles technologies et ainsi ancrer le personnage dans le 21ème siècle. Le Sherlock Holmes de Conan Doyle a non seulement un talent de déduction incroyable mais aime également utiliser la pointe de la technologie de son époque. Logique alors de le voir utiliser Internet, un téléphone portable, un ordinateur ou autres dans l’adaptation imaginée par Steven Moffat et Mark Gatiss qui transpose le héros et son acolyte à notre époque.

Et puisqu’ils sont cités dans la série, pourquoi ne pas vraiment créer le blog de Watson et le site de Sherlock afin que nous puissions, nous téléspectateurs, voir le résultat de ce que les personnages font dans les épisodes, voir le résultat de leur utilisation de cette technologie ? Pourquoi ne pas les créer vraiment quand ils font partie intégrante de l’intrigue de certains épisodes, comme dans le 2×03 : The Reichanbach Fall où les personnages sont devenus célèbres grâce au blog de Watson ? Les journaux que l’on peut voir dans cet épisode titrent « Hat-man and Robin: The web detectives« , « Sherlock & John: Blogger Detectives« , « Sherlock Net ‘Tec« , »Sherlock Holmes: net phenomenon« .

  • Girl Number 9, des personnages avant la série

Du côté des web séries, Girl Number 9 de James Moran utilise ce genre de procédés. Certains personnage de cette mini web série anglaise avaient des comptes Twitter avant la diffusion des webisodes. C’est bien sûr une stratégie de communication et de promo sympa, mais c’est aussi utiliser le concept de web série à fond. Les personnages peuvent vivre sur le net en dehors de la série et dans ce cas précis avant même la diffusion de celle-ci. Pouvoir suivre leurs conversations sur Twitter, c’est commencer à les connaître et à s’attacher à eux avant de les voir. C’est découvrir les personnages comme on découvre un nouveau follower sur Twitter. C’est apprendre à connaître leur univers comme on apprend à connaître celui d’une personne qu’on suit sur Twitter. C’est mettre au même niveau un personnage fictif et les utilisateurs de Twitter et donc suggérer qu’il y a une existence IRL derrière les tweets comme pour les autres utilisateurs. Alors qu’ils ne sont que fiction, les personnages deviennent presque réels quand la série sait profiter de certaines possibilités qu’offre Internet en matière de communication.

  • Doctor Who, le Docteur s’adresse à nous

Il y a également les séries dont les personnages s’adressent directement aux spectateurs sans passer par autre chose que l’écran mais qui, en procédant ainsi, se mettent sur le même plan d’existence que le nôtre. Je pense en particulier à Doctor Who. Par exemple, Eleven s’est adressé aux jeunes téléspectateurs de la série pour qu’ils lui écrivent une aventure. Avant lui, Ten s’adressait aux spectateurs des Doctor Who Proms. Ce sont des instants, ça ne dure que quelques minutes à chaque fois, mais ça rend le personnage plus réel. Comme s’il n’y avait plus deux mondes, celui de la fiction et celui de la réalité, mais bien un seul et que le Docteur se baladait quelque part à Londres en ce moment-même ou sur une autre planète dans un autre temps.

Ce qui me plait vraiment dans tout ça, c’est le fun. Le jeu évident avec le téléspectateur. Ces séries ont bien compris que celui qui regarde n’est pas qu’un téléspectateur. Il est aussi un internaute, un lecteur,… Et la série peut le toucher et l’atteindre de différentes manières. Alors, bien sûr, il s’agit d’un formidable outil de communication et de promotion, mais c’est aussi la cerise sur le gâteau pour moi. Faire vivre les personnages en dehors de la série et du petit écran, c’est s’amuser avec eux et avec les téléspectateurs et permettre une identification aux personnages par d’autres moyens. Ce sont des petits à-côté qui rendent l’univers d’une série plus fun.